Vomir !
Parfois, après avoir mangé trop de sucreries à 16h (et oui même à 19 ans !), on rentre chez nous avec une sensation assez désagréable, le ventre ballonné. On a alors envie de faire des choses, sans vraiment pouvoir les faire ; on voudrait bien se lever du canapé pour aller finir son bouquin, mais on ne peut pas, on se sent comme dépourvu d'énergie. On a sommeil, mais on dort pas, on ne se sent pas malade, mais on en a l'aspect, et on ne peut ainsi pas faire autre chose que rester passivement allongé. Une heure passe ... Deux heures, le temps coule et l'heure du repas approche, on décide de ne pas manger car notre ventre réfléchi à la place de notre habitude. On ne sait pas trop ce qu'on a, mais on a quelque chose. Le temps passe toujours. On ne va pas se coucher parce qu'on sait qu'on ne dormira pas tout de suite ; alors on regarde un bon film, puis vers 23h30, quand on espère dormir, on va au lit. A ce moment, le ventre se rétracte, on sait ce qui nous attend et qu'on ne pourra plus y échapper. Alors on ferme les yeux par dépit, souhaitant en vain s'endormir... 01H00 ... 02H00 ... et toujours rien. On s'agite de plus en plus, on remue la couverture, on réajuste son oreiller, la faible lueur de notre radio réveil nous exaspère ! Mais bon, c'est comme ça, il n'y a pas grand chose d'autre à faire. Le ventre se serre toujours, on sent l'échéance se rapprocher mais on l'oublie presque avec le temps qui galope si lentement ...
Parfois, on se lève, on ouvre la fenêtre, on la referme, on va boire, on pisse, on reboit, ce qui pèse encore sur le ventre ... Puis alors, on décide, aux alentours de trois heures du matin, de se relever d'une façon quasi-inconsciente et sans objectif précis. On jette sa couette assez vivement, on se redresse et marche d'une façon totalement normale, on ouvre la porte et à cet instant, sans aucun avertissement, notre corps lâche et nos jambes nous laissent tomber à terre ! Une sensation et un goût éc½urant montre à notre bouche ... Ca vient ! Et donc, par réflexe hésitant, on se précipite du mieux qu'on peut vers les toilettes, un peu à genou, un peu debout, et même parfois en rampant légèrement. Dans ce même laps de temps, on ignore ce qu'il se passe dans notre gorge, on en tient pas compte, il ne faut surtout pas y accorder la moindre attention, on ravale donc et retient sans le décider vraiment la chose repoussante qui avance dans notre ½sophage ... Puis enfin, au bout de huit secondes infernales, on atteint la cuvette, avec une pensée satisfaite, comme si on pouvait envisager que le pire était passé ...
La substance que l'on a tant redouté est finalement libérée et paralyse du même coup notre respiration. Une chose de plusieurs couleurs et de multiples odeurs se lance dans les chiottes pour y déverser une odeur parfaitement infâme. Notre gorge souffre pour laisser passer l'étrange fluide et notre langue s'écrase au fond du palais dans l'espoir stupide d'échapper à ce goût pervers ... Ca y'est, la chose est évacuée, on retrouve notre respiration, soulagé et dégoûté par l'odeur furtive et le goût acide et piquant du vomi. On soupire de soulagement, c'est fini.
Mais à ce moment, nos abdominaux se contractent, suivis par les pectoraux, les épaules et le cou : une nouvelle vague de cette ignoble substance est en train de remuer notre estomac, puis à nouveau, la bouche s'ouvre indépendamment de notre volonté, et sans que nous puissions nous y préparer, la traînée du détritus digestif que notre corps contenait est rejetée ... Celle là est encore moins supportable que la précédente, nos yeux semblent pleurer de la gerbe, et même notre nez est désormais envahi car la mâchoire ne s'ouvre plus assez pour tout éjecter. A nouveau, il y'a une pause, mais cette fois, le redéclenchement de la respiration ne soulage en rien car notre nez est toujours rempli par la sécrétion puante ... C'est d'ailleurs cette odeur nauséabonde qui déclenche une troisième et insoutenable épreuve, tout aussi détestable, et tout autant imparable ... Des larmes lourdes et salées ruissellent une à une sur nos joues ... Le fluide sort de notre corps de la même façon. Et alors là, on le sent, l'interminable supplice est passé. On pourra enfin dormir.